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Nous sommes entrés dans une nouvelle économie de l'objet

Très médiatique, Eric Carreel est un entrepreneur passionné par l'innovation technologique. Souvent présenté comme co-inventeur du triple play, il a fondé plusieurs entreprises où le numérique joue un rôle central. Nous l'avons rencontré après une présentation remarquée au TED'x Paris, en octobre 2012.


Vous avez reçu le Prix des Technologies Numériques de l'Innovateur 2012 décerné par TELECOM ParisTech. Pour quelles raisons ?

Cette distinction m'a été remise en raison du caractère innovant des trois entreprises dont je suis co-fondateur : Withings, Sculpteo et Invoxia. Le numérique est au coeur de ces réalisations. Avec Withings, nous avons développé un pèse-personne communicant ; Sculpteo est un service en ligne d'impression d'objets en 3D ; et Invoxia se consacre aux objets de télécommunication.

Invoxia a reçu le Best of innovation du CES 2012. Pour quel produit numérique ?

Je pense que le comité du Consumer Electronic Show a été séduit par le caractère innovant du téléphone NVX610, sa qualité sonore, son design et sa facilité d'usage. Cet objet réalise une convergence fixe-mobile, puisqu'il permet au téléphone mobile de devenir l'organe d'interface utilisateur du téléphone de bureau.

Quel avenir voyez-vous pour les produits communicants à usage professionnel ?

Cet avenir est très prometteur... Mais il faut d'abord se départir de l'approche technologique. Que le client soit personnel ou professionnel, il cherche à se préserver de la complexité ! Et en particulier de la complexité liée à la connexion des objets. Ensuite, il me semble important de souligner que l'utilisateur souhaite aussi établir, puis maintenir, un lien avec le créateur de l'objet. Le client a tout simplement besoin de s'assurer qu'on va continuer à s'occuper de lui, au-delà même du produit acheté. Et le fournisseur doit s'y engager pleinement...

Pour donner un exemple concret : votre téléphone de bureau n'est pas un objet connecté. Il est relié à un flux, mais personne ne vous accompagne pour obtenir un meilleur service de l'objet lui-même. Tout a changé en 2007, quand Apple a introduit l'iPhone : les opérateurs télécoms pensaient jusque-là qu'ils avaient une relation privilégiée avec leur client. Or ce n'était pas le cas : au contraire, les clients ont manifesté leur engagement dans une relation plus riche avec Apple, et ensuite avec Androïd. Le choix de l'objet et de son éco-système a pris une immense importance pour les clients.

De ce point de vue, peut-on dire que le produit n'est que l'émanation d'un service ?

Oui, à condition que son concepteur en ait bien conscience. Car pour le client les choses sont claires ! Et ce qui s'est passé dans la téléphonie mobile peut concerner tous les objets. Nous sommes entrés dans une nouvelle économie de l'objet : son fournisseur peut se différencier en apportant un service tout au long de la vie de cet objet.

Comment imaginez-vous cette nouvelle économie des objets ?

Pour qu'un service de qualité soit apporté et maintenu, l'objet doit être communicant et rester en lien avec son fournisseur. Chez Withings, nous avons adapté ce principe à nos pèse-personnes. Les données recueillies sont stockées sur notre serveur, et nos clients peuvent les partager avec les applications ou les personnes de leur choix (amis, coachs, groupe de soutien, médecins...). Nos clients perçoivent une richesse d'usage plus grande et une facilité accrue dans leur vie de tous les jours.

On peut donc considérer que le client adhère à notre promesse de l'aider au quotidien. Ici, la finalité de l'objet est de fournir des données de mesure à d'autres services. Par exemple, le client pourra suivre sa courbe de poids sur son iPhone... Ou intégrer ces informations grâce à une appli telle que Run Keeper pour le footing. En résumé, la démarche de Withings est de fournir un service sur le long terme plutôt qu'un simple objet.

Quels pourraient être les nouveaux services proposés à une clientèle professionnelle ?

On retrouve cette même idée dans le cloud computing, par exemple. Il permet à l'entreprise d'obtenir et de payer le service dont elle a réellement besoin... au lieu de se charger elle-même de gérer des équipements matériels. C'est même l'aboutissement du concept puisque l'objet lui-même disparaît.

A l'avenir, je pense que nous verrons apparaître des imprimantes connectées. En effet, on peut trouver archaïque que les utilisateurs se retrouvent chargés de surveiller les niveaux d'encre d'une machine, puis de passer commande. Avec les technologies M2M, le copieur peut faire ces opérations directement et aussi réduire les risques de dysfonctionnement. Dans le passé, les contrats de maintenance des photocopieurs étaient coûteux, obligeant le personnel technique à de multiples déplacements non optimisés. Aujourd'hui, des solutions techniques existent.

C'est la notion de service intégré ?

Oui, et curieusement on continue de déplorer son absence ! Prenez l'exemple des systèmes d'alarmes. Ils confrontent le client à une succession d'offreurs de matériel et de services de surveillance ou de gardiennage : il n'est pas rare que 3 ou 4 sociétés soient ainsi chaînées. En cas de problème, le client devra se livrer à une course d'obstacles. Autrement dit, l'intégration du service est à la charge du client.

Quelle place pourraient prendre de nouveaux acteurs ?

Les opportunités de fournir un service intégré paraissent nombreuses, et favorables à de nouveaux acteurs. A terme, de nombreux installateurs, fournisseurs et métiers de maintenance pourraient ainsi se trouver balayés. Pour les nouveaux acteurs, l'opportunité réside dans une approche simple mais radicale : prendre en charge un service, du début jusqu'à la fin.

Qu'est-ce qui explique cette lenteur d'évolution ?

La sphère professionnelle évolue moins rapidement que la sphère grand public. Pour preuve, beaucoup des innovations qui arrivent dans l'entreprise aujourd'hui viennent du grand public. C'est le cas de Gmail, notamment, qui séduit beaucoup d'entreprises et parfois de grandes entreprises... après avoir conquis les utilisateurs. Ces mêmes utilisateurs, une fois recrutés, connaissent déjà les outils numériques de l'entreprise. Le BYOD s'inscrit dans ce même mouvement. Beaucoup de directions informatiques ont essayé de contenir ce phénomène, qui apparaît inéluctable.

J'observe que bien souvent, à l'intérieur des grandes entreprises, la tendance est de tronçonner une problématique globale afin de la ventiler vers une multitude de sous-traitants... Ce qui freine, voire annule, l'accès à de véritables services intégrés. Le grand public et certaines PME sont clairement plus exigeants, plus ouverts aux comparaisons et plus agiles.

Dans vos entreprises, quel usage faites-vous des outils collaboratifs pour favoriser l'innovation ?

Nous avons tendance à privilégier les échanges directs, dans ce cadre. Nous attendons justement des outils numériques qu'ils nous permettent de dégager ce temps de travail en équipe, tellement nécessaire. Dans ce cadre, nous essayons d'innover, c'est-à-dire d'élaborer ce qui nous différenciera demain. De mon point de vue, les outils collaboratifs doivent permettre également des gains de temps pour permettre aux collaborateurs d'avoir des échanges directs et fertiles.

Quelle est votre perception de l'entrepreneuriat français, en particulier dans le domaine technologique ?

Je note un manque de foi dans l'avenir. Je suis persuadé que si l'on se risque sur le terrain de l'entrepreneuriat technologique, ce doit être pour une seule et bonne raison : changer le monde. C'est une différence fondamentale entre les cultures d'entreprises américaines et françaises. Les sociétés technologiques françaises sont trop axées sur le passé, sur elles-mêmes, et pas assez tournées vers l'avenir et leurs clients. Elles concentrent leurs efforts de réflexion sur l'amélioration de l'existant, sur les moyens. Une saine ambition consisterait à se dire, - mais d'abord à comprendre - : pour nos clients, il y a des objets et des services géniaux à inventer, et nous allons les inventer !

 

m2m, objets connectés, IoT