Partager l'article

Nigiloc : protéger les deux-roues motorisés grâce à la géolocalisation

Comment lutter contre les vols de deux-roues ? Grâce à la géolocalisation expliquent Gilbert Wilhelm, fondateur et CEO de Nigiloc et Anthony Gavend, gérant de MyWebTeam, agence spécialisée dans le M2M (machine to machine), le logiciel décentralisé et l'analyse de données. Mais les solutions de sécurité qu'ils ont développées vont bien au-delà du simple antivol ! Ils nous racontent leur aventure entrepreneuriale et délivrent leurs conseils aux startups engagées dans des projets d'objets connectés.


En créant Nigiloc, quelle a été votre vision d'entrepreneur ?

G. Wilhelm : Je suis par ailleurs assureur et c'est donc très naturellement que je suis parti de ce constat : les deux-roues sont beaucoup trop exposés aux vols. Plus de 1000 vélos sont volés chaque jour en France, et sur les 200 000 scooters vendus par an, 70 000 seront volés dans l'année.

 

La géolocalisation pour les motos et les deux roues connectés m'est apparue comme étant la réponse technologique la plus pertinente - sous réserve de miniaturiser suffisamment les produits pour qu'ils puissent être dissimulés facilement. Au terme de nos travaux de recherche-développement, nous avons réussi à faire que nos produits soient parmi les plus miniaturisés sur le marché européen. D'où notre ambition de commercialisation à l'international.

 

Notre startup Nigiloc, créée en 2013 et implantée à Dax, prévoit de commercialiser ses premiers produits en juillet 2015 : Nigitrack pour les deux-roues motorisés. Quant aux deux fondateurs de notre bureau d'études, MyWebTeam, ce sont des motards passionnés !

 

Quels ont été vos choix technologiques et en quoi sont-ils pertinents pour les consommateurs ?

G. Wilhelm : La miniaturisation était un critère important mais nous avons surtout voulu apporter un vaste ensemble de services, utiles et faciles à mettre en œuvre. Nos produits pour motos et vélos connectés sont donc des solutions complètes de sécurité, et non de simples antivols.

 

A. Gavend : Sur le plan technique, la solution machine to machine est évolutive et pourra donc bénéficier d'améliorations successives. Elle repose sur un dialogue par liaison Bluetooth entre le deux-roues et le smartphone de son propriétaire (iOS ou Android).

 

Ce couplage original permet de détecter 3 situations typiques :

• le deux-roues est garé mais quelqu'un le fait tomber : son propriétaire en sera immédiatement informé,

• le deux-roues sort de son espace de "gardiennage virtuel", sans que son propriétaire soit proche,

• en cas de chute pendant un déplacement : des messages pourront être automatiquement envoyés à une liste de contacts (si la personne ne se relève pas au bout de quelques secondes ou minutes). Cette dernière fonction sera probablement téléchargeable peu de temps après la première commercialisation.

 

Cette solution est dans l'air du temps : rappelons qu'une initiative européenne va rendre obligatoire, en mars 2018, un dispositif d'appel automatique eCall dans tous les véhicules particuliers et utilitaires légers d’un nouveau type.

 

Comment la géolocalisation est-elle exploitée en cas de vol ?

G. Wilhelm : Après l'achat, notre module enregistre l'identifiant (ou adresse MAC) du smartphone de son propriétaire. Ensuite, dans le cadre d'une utilisation courante, un dialogue Bluetooth s'établit entre le module et le smartphone (obligatoirement porté par le conducteur). Cette norme limite à une quinzaine de mètres la distance de communication maximale : si cette distance est dépassée, le lien Bluetooth est en quelque sorte brisé.

 

C'est ce qui se passe en cas de vol de la moto ou du vélo connecté : le module détecte que le deux-roues est en mouvement mais que le lien Bluetooth est rompu. Dans ce cas, les serveurs pilotés par MyWebTeam peuvent décider d'envoyer un SMS, un e-mail d'alerte et une notification sur l'application.

 

Le propriétaire est ainsi informé et peut suivre par géolocalisation son deux-roues (sur son ordinateur, sa tablette ou son smartphone). Cette géolocalisation étant actualisée toutes les 2 mn, le propriétaire peut alerter les forces de l'ordre.

 

Un message particulier est envoyé si la moto ou le vélo connecté reste immobile plus de 10 minutes - ce délai laisse supposer qu'il est garé à l'emplacement indiqué. Si le propriétaire retrouve ainsi son deux-roues, il lui suffit de le récupérer et de l'indiquer sur l'application pour que la procédure d'alarme s'arrête.

 

Comment les boîtiers Nigitrack sont-ils protégés des tentatives d'arrachement ou de dégradation ?

G. Wilhelm : Dans le cas des motos et scooters, le boîtier est installé par un spécialiste, qui va le dissimuler dans un emplacement qu'il est seul à connaître et qui va varier d'un client à l'autre. Ni le concessionnaire ni le client lui-même ne savent où se situe le boîtier. Il faudrait environ 1 heure de démontage pour y accéder afin de le neutraliser.

 

A. Gavend : Pour les vélos électriques, nous sommes en train de travailler avec des constructeurs français. Le boîtier sera placé dans l'un des emplacements protégés dont disposent certains de ces e-bikes. Dans le cas des vélos classiques, le fait que l'antivol soit apparent devrait suffire dans de nombreux cas, puisque la plupart des vols de vélos sont opportunistes et non prémédités.

 

Comment s'est passée la collaboration technique entre MyWebTeam et SFR Business ?

A. Gavend : Nous avons collaboré avec les équipes M2M (machine to machine) de SFR Business Team pendant environ 1 année. Auparavant, nous avions eu des échanges avec un partenaire télécoms mais cette expérience ne s'est pas révélée convaincante. Nous avons donc décidé de nous rapprocher d'un opérateur ayant une forte expérience, une pérennité avérée, une grande réactivité ou agilité, ainsi qu'un réseau télécom national et international de premier ordre.

 

Nous nous sommes d'abord rapprochés de deux grands opérateurs français : nous avons progressivement constaté que la collaboration se passait beaucoup mieux avec SFR Business Team, en termes de qualité et de réactivité des réponses techniques fournies.

 

Nous avons pu travailler en présentiel avec des acteurs régionaux M2M et avec les équipes de Paris : cette triangulation a parfaitement fonctionné. Nous avons vraiment apprécié l'aspect volontariste, pro-actif, et la flexibilité de tous nos interlocuteurs SFR Business Team.

 

Comment s'est passée la collaboration commerciale entre Nigiloc et SFR Business ?

G. Wilhelm : Mes interlocuteurs chez SFR Business Team se sont toujours montrés réactifs et pertinents. Leur grande disponibilité et leur qualité d'écoute nous ont permis d'avancer très rapidement. J'ai pu apprécier leur engagement, leur capacité d'adaptation, leur volonté d'être proactifs et de constituer une force de proposition - des qualités indispensables pour fonctionner avec une startup ! Au final, j'ai eu constamment le sentiment de travailler avec des personnes enthousiastes et qui se sont bien approprié le projet.

 

Cette relation de confiance et de compréhension mutuelle nous a aussi permis d'affiner ensemble notre business model.

 

Ce climat de coopération et d'innovation "de bout en bout" nous amène aujourd'hui à continuer de travailler avec SFR sur un autre projet, pour l'heure confidentiel...

 

Comment seront commercialisés les produits Nigiloc ?

G. Wilhelm : Nous avons choisi un modèle BtoBtoC : notre distributeur français, TecnoGlobe sera livré début juillet 2015 et les consommateurs pourront acheter nos produits dans la foulée. Ensuite, les consommateurs pourront s'abonner annuellement au service. Nos produits devraient être prochainement disponibles en Grande Bretagne, en Grèce et au Portugal. Nous cherchons actuellement un distributeur en Espagne.

 

Par ailleurs, nous travaillons à la production de nouveaux produits et services pour des véhicules motorisés de tout type ou des objets de valeur, éventuellement à la demande.

 

En termes de protection des données personnelles et de la vie privée, quelles sont les garanties offertes aux consommateurs par Nigiloc ?

G. Wilhelm : Notre fichier client ne sera pas exploité, pour éviter au client final de se voir exposé à toutes sortes de spam et de sollicitations commerciales tierces.

 

Par ailleurs, notre technologie a délibérément choisi de ne pas garder trace des géolocalisations effectuées par Nigiloc. Selon les besoins des clients, seules les 30 dernières secondes sont tracées et mémorisées sur le téléphone - mais sans être stockées sur des serveurs. En revanche, en mode "vol suspecté", un traçage est effectué ainsi qu'un stockage de données sur des serveurs.

 

Quelles sont vos recommandations aux entrepreneurs dans le M2M ou Internet des Objets ?

G. Wilhelm : Le choix des partenaires technologiques, et en particulier de l'opérateur télécoms, est primordial. La sélection de l'opérateur doit prendre en compte plusieurs facteurs : l'étendue et la qualité du réseau (national et international), la qualité du service, et des aptitudes de coopération et d'innovation qui soient parfaitement en phase avec la culture entrepreneuriale des startups. Celles-ci recherchent des partenaires agiles qui fonctionnent comme des "accélérateurs de business".

 

Un contact direct et une relation de confiance avec l'opérateur télécom sont indispensables, ce qui revient à exclure les grossistes et autres brokers.

 

L'opérateur télécom doit aussi avoir une forte compétence de conseil et d'accompagnement commercial. Certaines startups en ont besoin pour affiner, voire inventer, leur business model.

IoT, M2M, Géolocalisation

Partager l'article