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Les télécentres, une opportunité pour le développement des régions

Le Tour de France du Télétravail et des Tiers-lieux vient de terminer son édition 2014 dans le Val de Marne. L'occasion de faire le point avec Xavier de Mazenod, co-organisateur, sur les évolutions récentes des télécentres régionaux, des tiers-lieux et des nouvelles façons de travailler qui les accompagnent.


Xavier de Mazenod est expert en télétravail et en coworking, fondateur de Zevillage.net (site d'information et réseau social sur le télétravail et le coworking), et co-organisateur du Tour de France du Télétravail et des Tiers-Lieux.

 

Au moment où se termine la dernière étape du Tour de France du Télétravail et des Tiers-lieux 2014, peut-on dire que les territoires ont désormais bien compris l'intérêt des télécentres ?

Ce n'est pas encore le cas d'une majorité de territoires ou de collectivités, mais certains l'ont très bien compris et gagnent en visibilité. Les territoires innovants ont de plus en plus de réalisations ou de projets de télécentres, sous une forme ou une autre. La tendance générale, soutenue par les géants de la construction ou de l'immobilier, étant de les installer en zone péri-urbaine.

 

Cette localisation s'explique facilement : ces zones ont une population dense, caractérisée par des mouvements pendulaires (aller-retours entre domicile et travail), ainsi qu'un réseau de transport très développé mais périodiquement saturé. D'où un objectif commun de "démobilité", c'est-à-dire de réduction des déplacements individuels.

 

Autre tendance, on voit apparaître de plus en plus de tiers-lieux, et notamment dans des télécentres, qui s'inspirent du modèle de coworking. Ils permettent à des individus de travailler en open space, avec plus ou moins d'interaction entre les gens (voir à ce sujet : Tiers-lieux et Télétravail : les premiers résultats de l'enquête "Quel bureau demain").

 

Qu'en est-il en milieu rural, milieu que vous connaissez bien à travers votre structure Zevillage, implantée dans l'Orne ?

En milieu rural, ce n'est pas la démobilité qui est prioritaire, mais plutôt la capacité à attirer des individus qui puissent venir avec leur travail. De nombreuses études montrent qu'il existe une forte volonté de quitter la ville : la moitié des Franciliens projette de s'installer dans une autre région. Mais cette volonté se confronte à l'impossibilité ou à la difficulté de travailler en dehors de la ville.

 

Les collectivités en zone rurale, qui souhaitent apporter des solutions concrètes, développent des politiques d'accueil. Elles proposent des infrastructures permettant de télétravailler, un accompagnement pour l'installation, et une animation de la communauté (soit des activités visant à souder la communauté et à la faire croître). Des exemples existent dans le Gers, l'Orne, le Cantal et la Lozère notamment.

 

Qu'est-ce qui est le plus déterminant pour le succès d'un tiers-lieu : la qualité des infrastructures ou la dimension humaine ?

La dimension humaine est trop souvent oubliée ou négligée. Pour prendre le cas des télécentres, on peut regretter que certains restent malheureusement vides ou sous-occupés. En effet, pour un élu, ces projets ont a priori beaucoup d'avantages : ce sont des investissements très visibles, au budget maîtrisé, qui entrainent ensuite peu de frais de fonctionnement. Mais la partie "accueil et animation" n'étant pas toujours aussi réussie que l'infrastructure, les gens n'ont tout simplement pas envie de venir y travailler. En milieu rural on a plus facilement qu'en ville de la place pour travailler chez soi. On vient donc dans un tiers lieu pour d'autres raisons. Comme recréer un « collectif de travail » choisi.

 

Il y a pourtant de bons exemples de politiques d'accueil réussies, en dehors du strict domaine du télétravail. C'est le cas dans le Limousin et en particulier dans la Creuse, où la tendance au vieillissement de la courbe démographique s'est inversée. Ce résultat est le fruit d'une politique menée depuis 15 ans et il prouve que l'accueil et l'animation de communauté peuvent être très efficaces.

 

Pour en revenir au télétravail, les techniques de création et d'animation de communauté sont nécessaires et font leurs preuves. En fait, on constate que les indépendants ou certaines personnes qui travaillent au domicile (ponctuellement ou pas), veulent rompre leur isolement : mais ils ne feront le trajet que pour rejoindre une communauté, pas juste pour disposer d'un bureau.

 

Pour autant, la qualité des infrastructures, en particulier des outils et services numériques mis à disposition dans un télécentre ou un tiers-lieu sont évidemment très importants - voire déterminants pour certains métiers.

 

Quels sont les obstacles actuels au télétravail ?

Les 3 barrières historiques du télétravail sont aujourd'hui levées : l'absence de réseaux, le flou juridique (le télétravail est encadré par deux lois de mars 2012 : loi Warsmann (secteur privé) et loi Sauvadet (fonctions publiques) et le travail à domicile a son propre cadre juridique), et une culture managériale « présentéiste » (ce facteur étant néanmoins le plus lent à évoluer).

 

Pour en donner un exemple illustratif, lié au Tour de France du Télétravail dont Zevillage est co-organisateur depuis sa création il y a 2 ans : aujourd'hui, les questions posées ne portent plus sur les obstacles mais sur le "comment faire". En seulement deux ans, nous avons pu constater un gain de maturité très net.

 

Autre preuve d'une avancée des mentalités : j'ai lancé il y a quelques semaines le Club Zevillage pour bâtir le futur du télétravail, et il a immédiatement reçu le soutien actif de grandes entreprises et de collectivités locales.

 

Et il existe aussi une demande pressante du côté des salariés et des syndicalistes de terrain - ces derniers s'étant ralliés à cette approche qui ne reflète pas forcément la posture officielle de leur fédération ou confédération. Ce ralliement des salariés et des syndicalistes s'explique par une recherche de bien-être et de qualité de vie, au travail et en dehors.

Télétravail

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